jeudi 8 août 2013

GHGR : Dieu se déteste

GodHatesGodRecords, un netlabel belge hyperactif pour exhumer le meilleur de la production underground, devrait rapidement faire parler de lui. Si tel n'était pas le cas, on serait confronté au plus grand scandale culturel de l'histoire.



Tout a commencé il y a environ un an. Un ami m'envoie un lien vers une page Soundcloud en me précisant que ce que je m'apprête à entendre risque de me plaire. Au passage, il m'indique que l'auteur de cette tuerie sonore a un compte Facebook qui répond au nom de Machinal Suicide Belgium, ou quelque chose du genre.

Première écoute et mes tympans sont agressés au shrapnel. Il faut baisser le volume pour éviter les séquelles irréversibles en découvrant cette electro-indus obscène. Je like le gars, je lui signale que sa musique m'a mis un sérieux coup sur la caboche. Tout aurait pu s'arrêter là. Sauf que...

Sauf que quelques semaines plus tard, après de multiples mutations, Machinal Suicide Belgium devient LandMaker qui devient LndMthrFckr. Les démos écoutées sur SoundCloud deviennent un EP, baptisé God Hates God. Et là, c'est le deuxième bombardement. Les experts en terrorisme vous expliqueront que les carnages les plus sanglants s'opèrent toujours en deux temps : une première explosion laisse sur le carreau un nombre considérable de victimes ; une seconde retentit quinze minutes plus tard lorsque les secours sont sur place, histoire de compléter le tableau de chasse. Voilà l'effet que me laisse ce God Hates God EP : à peine remis des maquettes initiales, j'encaisse le coup fatal, en pleine tronche, qui me fera définitivement succomber. Dubstep au ralenti, relents rock évidents, beat cradingue, voilà tout ce qui avait manqué à la scène electro pour attirer mon attention.

Comme souvent sur Facebook, je like, je commente et la discussion s'entame avec cet illustre inconnu, auteur selon moi du meurtre parfait avec ce premier EP. Quelques semaines passent et un nouveau projet voit le jour : il lance The Artvengerz, sorte de grande cyber-bourse de la production underground. Le mot d'ordre est simple : envoyez vos pistes, on va sortir une grande compilation en téléchargement libre sur le net. Les sollicitations se bousculent. Quelques mois plus tard, le mal était fait : le label GodHatesGodRecords voit le jour avec, sous le bras, une première compilation intitulée Freedom, Pleasure and Safe.

Le mec n'est pas qu'une machine à absorber les compliments. "Panse bien pleine, au revoir marraine" comme on dit à Mons ? Sûrement pas. En ouverture de sa compile, il nous fait l'honneur de placer un morceau inédit de OMSQ : Back of Beyond, le résultat d'une improvisation créée de toutes pièces pour l'occasion, agrémentée de citations de l'écrivain Henry Miller qui divague sur la notion de crime parfait. A l'écoute, la compile ne déçoit pas. Mieux, elle cartonne. J'y découvre des monuments jusqu'alors discrètement enfouis dans les limbes des BandCamp et autres Soundcloud : LndMthrFckr, bien sûr, mais subtilement intercalé entre d'autres morceaux, histoire de ne pas se tirer la couverture. D'emblée, je prends une claque sur Polucse et son dubstep sombre et décalé, à la manière d'un Scorn. Je m'envole sur l'ambient aérienne de Sylphides. Je suffoque sous les infrabasses de Consciousness Prism. Je m'immole sur l'electro de M.Nomized.

Pas de doute : quelque chose de grand est en route.

Et c'est là que tout s'emballe. Stakhanoviste, le label enchaîne les sorties sur son BandCamp à l'allure d'un Froome qui lâche tous ses poursuivants dans le Ventoux. Et ça ratisse large : electro, ambient, noise, post-rock. J'y retrouve même mon pote d'Eric In The Kitchen, abreuvé au shoegaze depuis toujours.

A peine 6 mois plus tard, le bilan est impressionnant : déjà 49 sorties - toutes en téléchargement libre ! - sur GHGR. Des EP à la pelle, dont certains tutoient les sommets. Sceptique ? Laisse donc traîner tes oreilles du côté de A Transient Desire de Polucse ou de Death of the American Dream de Bruce Leitch. Pire encore : cette semaine, le boss himself, LndMthrFckr remet les pendules à l'heure en sortant Acid on Fire, une oeuvre indécente, qui te colle de partout sous cette chaleur abrutissante du mois d'août. Je lui ai dit : ce mec est en fou dangereux.

Le potentiel de GodHatesGodRecords est énorme. A un tel rythme de sorties, on n'est pas obligé de tout apprécier. D'ailleurs, je n'aime pas tout. Mais l'aspect collaboratif du groupe fait frémir. Le groupe Facebook s'enrichit chaque jour de nouveaux talents. On y poste des démos, des remixes, des dates de concerts, etc. Les contributions explosent. La marmite se remplit, elle bouillonne, elle va finir par exploser.

Les premiers dégâts collatéraux, ce sera pour le 14 septembre prochain : la GHGR Night, au Corner à Bruxelles. Concerts, sets live, DJ sets. Obligations familiales, je n'y serai pas. Mais quelque chose me dit que les occasions se représenteront. Entretemps, les projets de collaborations se multiplient, ça va devenir énorme.

Pendant que la soupe programmée sur les ondes radio s'auto-formate de manière inquiétante, un mec a décidé de reprendre le pouvoir... pour le partager immédiatement avec ceux qui le méritent : les artistes underground qui galèrent depuis des années pour trouver leur public.

Et dire que malgré tout ça, je ne l'ai toujours pas rencontré. Je ne sais toujours pas à quoi il ressemble. Je ne sais même pas comment il s'appelle. Internet va tuer la musique ? Mon cul. Pour paraphraser Thurston Moore : "le net ne tue pas la musique, il tue l'industrie musicale." Alors pourquoi s'en priver ?

Les liens : 

GHGR
GodHatesGodRecords sur BandCamp
GodHatesGodRecords sur Facebook
GodHatesGodRecords : la communauté
GHGR Night le 14 septembre au Corner, à Bruxelles

2 commentaires:

Holly Naboo a dit…

Il faut rendre à César ce qui appartient à César !
Excellent article ;-)
Holly Naboo
https://www.facebook.com/HermeticElectric

pat masson a dit…

yes excellent article et merci !!