vendredi 29 juin 2007

Hugo Pratt – Corto Maltese : La Ballade de la Mer Salée (édition spéciale 40e anniversaire)

Et nous reparlerons d’un gentilhomme de fortune

Corto Maltese, je le rappelle pour les ignares, c’est ce marin à rouflaquettes qui se trimballe d’un côté à l’autre du globe, entre épisodes exotiques et inconnus de la Première Guerre, et frasques fantastico-ésotériques de tous poils (kabbale, vaudou, légendes celtiques…tout y passe). Il débute ses aventures dans La Ballade de la Mer Salée, un chef d’œuvre graphique qui invente pratiquement le concept de roman BD. Pour l’anecdote, le monde francophone le découvre à l’époque grâce au magazine…Pif (le Pif de Pif Gadget - le magazine jeunesse édité par le Parti communiste, on l'oublie parfois - et Pif et Hercule, sans déconner).

A l’occasion de l’anniversaire de la première parution de ce monument dans la revue italienne Sgt. Kirk en 1967, Casterman se fend d’une réédition, qui vaut le détour. En effet, pour l’occasion, la photogravure a été entièrement refaite à partir des planches originales de Pratt, dont le format original a été conservé. En un mot comme en cent : on a droit à la Ballade telle qu’elle a été dessinée, en format 41x32cm s’il vous plaît.

L’effet est saisissant et me conforte dans l’idée que Pratt doit être lu en noir et blanc. Le dessin original révèle en effet une foule de détails gommés à l’impression. Le rendu des différents degrés de noir, en particulier, montre un travail précis sur la chevelure de Pandora et sur la barbe de Raspoutine. Même les rouflaquettes de Corto comportent des nuances !
De même, certaines cases à la végétation abondante, qui semblaient parfois confuses ou surchargées, se trouvent ici organisées en plans définis par l’opacité de l’encre. Le dessin semble plus clair, la dynamique des cases plus évidente.

A ces qualités s’ajoute le format des planches, qui favorise l’immersion et suscite une lecture plus attentive à des détails comme un reflet ou le contour d’un oeil.

Au-delà de la beauté de l’objet, ou de son intérêt documentaire, le mérite de cette édition est donc d’offrir une véritable redécouverte de La Ballade de la Mer Salée : une lecture qui combine les plaisirs de la nouveauté et du déjà-lu. Tout est à sa place…mais en mieux.
Pour les fans hardcore, il y a un dossier en fin de volume, avec des analyses où on apprend que Raspoutine est le « deutéragoniste » de Corto et plein d’autres trucs aussi passionnants qu’indispensables. C’est chiant mais on glane quelques anecdotes ou citations intéressantes, et on trouve quelques dessins tirés d’autres albums.

Le prix tourne autour de 50 euros. Ca fait cher pour une BD mais, pour les amateurs c’est à peine 10 euros le kilo de pur bonheur.

Les liens intéressants

Site officiel de Corto Maltese : http://www.cortomaltese.com/
Sur le site des Editions Casterman : http://bd.casterman.com/isbn/978-2-203-00579-2
Une planche à découvrir ici.

Article publié par Niaco

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